Ces deux approches se rejoignent dans ma pratique : elles m'invitent à regarder une personne dans son histoire et dans son environnement, plutôt qu'à isoler ses difficultés de ce qu'elle a vécues. Elles interrogent également la place du pouvoir dans la relation d'accompagnement et accordent une place centrale à la sécurité, au consentement, au choix et au pouvoir d'agir.
Comprendre plutôt que pathologiser
Certaines réactions qui nous dérangent aujourd'hui ont parfois été, à un moment de notre histoire, des façons de nous protéger, de nous adapter ou de tenir.
Après un événement traumatique ou des expériences répétées d'insécurité, notre corps et notre système nerveux peuvent continuer à réagir comme si le danger était encore présent. Hypervigilance, besoin de contrôler, évitement, difficulté à se détendre, déconnexion de ses sensations, réactions très intenses ou au contraire impression de ne plus rien ressentir peuvent alors être compris comme des mécanismes d'adaptation plutôt que comme quelque chose qui « ne fonctionnerait pas » chez la personne.
Une approche trauma-informée invite donc à ne pas se demander seulement « Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? », mais aussi : « Qu'est-ce que j'ai vécu ? Qu'est-ce que mon corps et surtout mon système nerveux ont appris à faire pour me protéger ? De quoi ai-je besoin aujourd'hui pour me sentir suffisamment en sécurité ? »
Cela ne signifie pas que toutes nos difficultés viennent nécessairement d'un traumatisme, mais que cette possibilité est prise en compte dans l'accompagnement.
Comprendre ses réactions physiologiques sous cet angle permet de porter un regard différent sur soi : moins culpabilisant, moins jugeant et plus respectueux de son histoire.
Replacer l'intime dans son contexte
Nos histoires individuelles naissent au coeur de la société dans laquelle nous vivons, au travers des normes, des injonctions et des rapports de pouvoir. Nous nous construisons dans un environnement familial, social et culturel qui influence la manière dont nous apprenons à nous comporter, à considérer notre corps, à exprimer nos émotions et à répondre à nos besoins.
Dans ce contexte social, une approche féministe prend notamment en compte les normes et les injonctions de tous temps liées au genre, les rapports de pouvoir, le sexisme et les différentes formes de violences (physiques, psychologiques, émotionnelles, sexuelles, incestueuses, économiques, administratives, sociales, numériques, reproductives et obstétricales, vicariantes, institutionnelles, au travail, liées à des pratiques imposées... ) et de discriminations qui peuvent traverser nos vies.
Les femmes apprennent ainsi très tôt à prendre soin des autres avant elles-mêmes, à minimiser leurs besoins, à ne pas faire de vagues, à être disponibles, agréables, désirables, à supporter ou à s'adapter. Ces injonctions ne déterminent évidemment pas toutes les femmes de la même manière, mais elles peuvent participer à la façon dont chacune construit son rapport à elle-même, à son corps et aux autres.
Les violences faites aux femmes, notamment, ne sont pas une succession d'histoires individuelles : elles s'inscrivent dans des rapports de domination où les violences masculines occupent une place centrale.
Les nommer et les replacer dans leur contexte permet alors de déplacer la honte et la culpabilité : la responsabilité appartient toujours à la personne qui exerce la violence, jamais à celle qui la subit.
Une approche féministe ne consiste pas à expliquer toute difficulté par le patriarcat, mais à ne pas individualiser ce qui peut aussi être produit ou renforcé par notre environnement et par des rapports de pouvoir.
La sécurité avant tout
Un accompagnement destiné à aider peut parfois, sans le vouloir, réactiver un sentiment d'insécurité ou de perte de contrôle. Fermer les yeux, porter son attention sur certaines parties du corps, modifier sa respiration, se relâcher ou simplement rester immobile peut être confortable pour une personne et inconfortable pour une autre.
Je veille donc à ne pas présumer de ce qui devrait vous faire du bien. Nous avançons progressivement, en restant attentif·ves à ce qui se passe pour vous. Tout part de vous.
Vous n'avez pas à dépasser vos limites pour « réussir » une séance de sophrologie.
L'objectif n'est pas de faire émerger des souvenirs traumatiques ni de vous confronter à ce qui vous met en difficulté. Mon accompagnement se situe dans l'ici et maintenant : retrouver des repères, identifier ce qui vous sécurise et élargir progressivement ce qui peut être vécu avec de plus en plus de confort.
Votre corps vous appartient
En sophrologie, je propose des exercices : je ne les impose pas.
Je prends toujours le temps de vous les montrer avant de les pratiquer, en même temps que vous. Tout est adaptable.
Nous pouvons essayer, adapter, interrompre un exercice, garder les yeux ouverts, changer de position, s'asseoir, se remettre debout... Je vous accompagne avec ma voix, lentement, à porter attention aux sensations de votre corps, votre respiration, vos battements de coeur, les endroits où quelque chose se relâche, s'apaise et surtout sans jamais n'éveiller davantage une douleur ou un inconfort qui existerait déjà.
Il ne s'agit pas d'apprendre à obéir davantage aux consignes de quelqu'un d'autre, mais au contraire de retrouver progressivement vos propres repères : sentir ce qui vous convient, ce qui ne vous convient pas, ce dont vous avez besoin et où se trouvent vos limites et votre sécurité.
Cette réappropriation des sensations et du corps fait pleinement partie de mon accompagnement.
Une relation plus horizontale
Je connais la sophrologie, ses techniques et les différents outils que je peux vous proposer. Mais c'est VOTRE corps et vous restez la personne qui connaît le mieux votre propre expérience.
Mon rôle est donc de vous accompagner, de vous transmettre des repères, de vous faire découvrir différentes pratiques et de vous aider à observer leurs effets.
Ensemble, nous cherchons ce qui vous convient.
Je m'appuie pour cela sur mon expérience, sur ce que j'ai pu observer au fil de mes accompagnements et sur les nombreux outils que j'ai expérimentés. Cela me permet de vous proposer des pistes, de les adapter à vos besoins et de m'appuyer sur les ressources que vous possédez déjà pour vous aider à les développer.
Mon rôle est aussi de vous accompagner vers davantage d'autonomie. Au fil du temps, l'objectif est que vous puissiez mieux reconnaître vos sensations, vos besoins et vos limites, identifier ce qui vous fait du bien et vous constituer progressivement vos propres outils, pour pouvoir les utiliser au moment opportun avant même d'en ressentir le besoin.
C'est cette conviction qui guide aujourd'hui l'ensemble de ma pratique et qui m'a conduite à créer l'association à l'Endroit, dédiée aux groupes de parole pour les femmes victimes de violences sexuelles et d'inceste.